Ca fait déjà deux heures que je suis en planque avec le Gros et l'intérieur de la guinde commence à sentir le renard faisandé... Faut dire que Berthe lui a préparé des sandwiches à la composition autant approximative qu'hétéroclite que le Mastar engloutit avec une constance et une régularité qui défrisent l'entendement... Leur contenu s'étale sur sa cravate mal nouée et sur sa chemise fripée : jaune d'oeuf, thon, mayonnaise, miettes de crabe, olives plus ou moins vertes, confiture de fraise, crème pâtissière... Le mélange infernal, l'apocalypse du gastronome. Lui est ravi : l'oeil torve, le bitos en arrière, le futal en tire-bouchon... Il comate, s'étale, prend ses aises, évacue ses gaz et brosse ses miettes pendant que je m'efforce de me concentrer en essayant de respirer normalement... Au bout d'un instant, à bout de souffle, j'entrouvre une vitre de la tire, histoire de redonner un peu d'air frais à mes soufflets. J'ose une remarque, lui signifiant que ses casse-dalle seraient interdits par les conventions de Genève, s'il sévissait un semblant de justice en ce bas monde.
Aussitôt, il part en renaud, bien que nous planquions dans une Citroën : "De quoi-t-est-ce ?" renâcle-t-il d'une voix graillonneuse tout en postillonnant un reliquat de miettes à l'origine douteuse. "Tu insinuerais-t-il que ma Berthe adorée sacherait pas faire les casse-croûte ?" Voyant son teint virer au cramoisi (les lichetrognées de beaujolpif qu'il s'enquille en alternance avec ses bouchées n'étant pas étrangères à ce phénomène), je m'empresse de le calmer. "Non, non, Berthe est un cordon bleu", me hâtè-je de lui rétorquer. "Il n'y en a pas deux comme elle sur la place de Paris", rajoutè-je in petto et en français...
Le Gros se renfrogne, pas convaincu par ma réponse. Il fulmine des vengeances, rumine des représailles. Quant à moi, je respire un peu mieux, l'oxygène frais me sauve du marasme. Je parviens à me reconcentrer sur notre mission. Machinalement ("machine allemande", comme dirait Béru), j'actionne l'autoradio, tout en maudissant le Tondu, Achille, qui m'a plongé dans le bain de cette planque méphitique alors que j'avais prévu un petit week-end à la mer avec ma chère Félicie... Un week-end à la mère, quoi ! Je tourne le bouton des stations et entends des politiciens qui viennent pérorer, pavoiser et se raconter, tous prêts à sauver le pays, avec bouclier et armure. Ca "moi je moi je" à outrance, ça solutionne à tire-larigot et ça pédale dans le vide... J'entends aussi des braillards mal accordés qui glapissent leur soupe sans âme. Ca gueule "Je t'aime", ça braille "Je te quitte" sur fond de grosse caisse qui aimerait se transformer en tiroir-caisse...
Je jette un oeil sur Sa Majesté. Rien de cela ne retient son attention, il est tout empétré dans les méchants filaments de la dorme. Il est KO, le Bibendum, out, complètement shlass, et avant même qu'il n'ait été besoin de compter jusqu'à 10, il commence à baver sur son plastron... Tu parles d'un associé ! On est parti pour la planque du siècle, mes amis ! J'aurais Pinuche à côté de moi, ce serait du pareil au même ! Mais quitte à planquer en compagnie d'une momie, autant qu'elle soit réveillée ! J'en suis là de mon cheminement intérieur quand, par les hauts-parleurs, surgit cette chanson, qui finit de me tirer de mon asthénie post-prandiale :
:)
:(
:))
:((
=))
=D>
:D
:P
:-O
:-?
:-SS
:-f
d(
:-*
b-(
h-(
g-)
5-p
y-)
c-)
s-)
d-)
w-)
:-h
:X
Aucun commentaire :
Enregistrer un commentaire